04 novembre 2008

Magnificat H.77

affiche_LouangeLe culte marial ayant de tout temps été très populaire, il n’est guère étonnant que Charpentier ait composé pas moins de dix Magnificat et ce pour les formations les plus diverses. Le Magnificat H.81 fut destiné aux religieuses de Port-Royal de Paris et le Magnificat H.75, à trois dessus et basse continue fut composé pour les chanteuses de l’Hôtel de Guise. Le Magnificat H.73, quant à lui, est construit sur une basse obstinée et est l’une des compositions les plus intéressantes de l’ensemble. Les sept autres Magnificat font tous appel au chœur, voire au double chœur comme le Magnificat H.74 à huit voix et huit instruments.

Composé dans les années 1688-1690, le Magnificat H.77 est donc l’un des plus développés. Comptant 413 mesures, il requiert deux haut-dessus, une haute-contre, une taille et une basse, un chœur à quatre voix, deux flûtes obligées, un orchestre de cordes à quatre parties ainsi que la basse continue. Charpentier a divisé le texte liturgique (dix versets plus la doxologie) en sept sections qu’il fait précéder d’un prélude instrumental.

A__CharpPr_lude_1PréludeA__CharpPr_lude_4

Ce prélude n’est pas une ajoute postérieure à l’occasion d’une éventuelle reprise de l’oeuvre, puisqu’il fait directement corps avec le Magnificat. Charpentier a noté le prélude sur des systèmes à quatre portées, en utilisant la clé de sol 1 pour le dessus (de violon et flûte), ut 1 pour la partie de haute-contre (de violon), ut 3 pour les tailles (de violon) et fa 4 pour la basse (de violon) et la basse continue. Bien que la nomenclature ne soit pas spécifiée en début de partie, Charpentier note assez précisément les changements d’effectif en opposant un “petit chœur” à “tous”. Ces changements s’accompagnent d’ailleurs toujours d’un changement d’écriture, le petit chœur étant réservé aux trios de deux dessus - 1 violon et 1 flûte par partie - et la basse continue sans les basses de violon.

B__Magnificat_1MagnificatB__Magnificat_3

Après cette introduction du grand orchestre, le Magnificat s’ouvre sur une écriture de petit motet, à savoir les trois voix solistes (haute-contre, taille, basse) et la basse continue, ce qui ne manque pas de créer un contraste saisissant entre l’opulence du prélude et le dépouillement du texte sacré. Lorsque l’on se penche un peu sur ce premier trio, l’on est surpris par deux spécificités scripturales distinctes et presque contradictoires. D’un côté, l’on peut constater que Charpentier écrit ici une musique liturgique qui respecte scrupuleusement les recommandations d’intelligibilité du texte sacré émises par le Concile de Trente quelque cent ans auparavant, et ce même dans les développements plus contrapuntiques de la jubilation du second verset Et exultavit. De l’autre côté pourtant, l’on reste surpris par l’absence totale de toute référence au plain-chant.

C__Quia_respexit_1Quia respexit

Le Quia respexit est un merveilleux récit de dessus encadré par un trio instrumental composé de deux dessus de violon et de flûte et de la basse continue. Ici aussi, Charpentier sépare strictement le trio instrumental du récit. Cette courte page, un ¢ 3/2 en notation blanche, est l’une des pages les plus intimes et émouvantes de l’œuvre.

D__Ecce_enim_01Ecce enimD__Ecce_enim_11

C’est le quatrième mouvement qui, après le récit de dessus - accompagné du traditionnel trio - fait entrer le chœur dans une puissante affirmation du Quia fecit mihi magna. Ce passage exprime, en une exposition fuguée extrêmement concentrée mais percutante, la puissance du Seigneur et la grandeur de Marie. Ici aussi, Charpentier oppose continuellement le grand chœur au petit et souligne l’importance du verset.

E__Et_misericordia_01Et misericordiaE__Et_misericordia_19

Après l’ampleur et la véhémence du Qui fecit mihi magna, Charpentier retourne à un mouvement beaucoup plus calme pour dépeindre ce verset de miséricorde. C’est un duo fugué entre la taille et la basse avec la basse continue. Si sur le plan scriptural, Charpentier utilise ici un contrepoint extrêmement serré, sa réalisation vocale se révèle particulièrement aérée, de sorte que le texte reste toujours intelligible même si les imitations se suivent à moins d’une mesure. Après ce passage méditatif, chœur et orchestre entrent à nouveau avec force et vigueur pour déclamer Fecit potentiam in brachio suo. Charpentier quitte alors brusquement cette écriture homorythmique pour dépeindre la dispersion des puissants. Ce mouvement est d’ailleurs truffé de subtils madrigalismes qui traduisent au plus juste l’expression exacte de chaque verset et se termine par une volatilisation du tissu musical sur l’idée que les riches sont renvoyés les mains vides.

F__Suscepit_Israel_1Suscepit IsraelF__Suscepit_Israel_3

Ce mouvement ne doit pas s’enchaîner directement au précédent, puisque Charpentier marque Suivez apres une grande Pause. C’est un récit de basse accompagné du trio habituel, noté en notation blanche, ¢ 3/2.

G__Sicut_locutus_est_1Sicut locutus est

C’est un trio pour deux dessus et basse avec la basse continue de facture contrapuntique que l’on peut déjà considérer comme une double imitation fuguée. La première, qui ne fait intervenir que les deux voix de dessus, est très brève et fait déjà figure de strette puisque les deux voix se suivent dans l’intervalle d’un temps. Sicut locutus est. La seconde Abraham et semini ejus est plus développée et va jusqu’à la fin du mouvement entrecoupée par un ravissant divertissement sur de puissantes pédales qui ramènent progressivement le ton principal de fa majeur.

H__Gloria_Patri_01Gloria PatriH__Gloria_Patri_02

La doxologie est le mouvement le plus long puisqu’il fait 109 mesures et il s’ouvre par une brève symphonie. D’un caractère dansant, ce mouvement s’apparente à un menuet d’une écriture essentiellement homophonique, même si l’entrée du chœur fait d’emblée entendre une imitation à la quinte entre le dessus et la basse. Dans ce mouvement, Charpentier privilégie constamment l’alternance entre grand et petit chœur, ce qui confère la diversité à l’œuvre. L’œuvre se termine tout naturellement par une magnifique fugue, assez animée, sur le mot Amen.
H__Gloria_Patri_17H__Gloria_Patri_18H__Gloria_Patri_19


Posté par Charpentier_M_A à 18:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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